Entrevue avec Carl-Frédéric de Celles de iXmédia

October 8, 2010 9:03 am 2 comments

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Patrick Tanguay

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Au cours des prochaines semaines NextMontréal va publier une série d’articles et entrevues avec pour sujets des compagnies basées à Québec. Non ce n’est pas le maire Labeaume qui nous a tordu le bras, il y a plein de choses intéressantes qui se développent dans la vieille capitale. Nous commençons notre tour d’horizon sans trop se brusquer avec une figure bien connue ici même à Montréal; Carl-Frédéric de Celles président d’iXmédia, une «agence web créative, innovante, techno et sympathique» située dans le quartier St-Roch. Carl a répondu à nos questions et nous donne aussi quelques pistes pour la suite de la série.

[NextMontréal] iXmédia est, je crois, assez bien connu à Québec et peut-être même à Montréal, mais possiblement moins pour notre auditoire plutôt orienté startups, pouvez-vous faire un tour rapide de votre histoire et du type de mandat que vous réalisez?

[CFD] iXmédia a déjà été une startup. Fascinés par l’interactivité et le web, nous avons fondé iXmédia en sortant de l’Université en juillet 1995. Naïfs, mais avec le goût d’apprendre nous avons réuni une équipe pour faire du web comme le web se doit être fait, souvent à contre-courant des modes (ça, c’était les sites en flash) ou des tendances passagères. Fidèles à la maxime « under promise, over deliver » nous avons souhaité bâtir la meilleure équipe, pour attirer les meilleurs projets. Force est de constater que ça fonctionne bien, la demande est bonne. Nous sommes aujourd’hui 35, et nous avons donné naissance à d’autres startups dans lesquelles nous sommes partenaires: Opossum (s’intéressant à l’apprentissage et aux technologies), Zengo (s’intéressant à ce qui vient avant (stratégie) et après (mesure) le développement) et Kabane (pour développer le design et la publicité au-delà du web).

iXmédia s’intéresse à de nombreux marchés, principalement à Québec et à Montréal, teintés par l’économie de la région de Québec (institutions gouvernementales, secteurs financier (Québec est la ville de l’assurance, le saviez-vous?), manufacturier, touristique, associatif, culturel (iXmédia travaille avec des éditeurs, des libraires, des salles de spectacles, des musées, etc.) et l’éducation (des ministères, des écoles, et des gens qui veulent mieux faire apprendre).

iXmédia recherche aujourd’hui les beaux défis qui unissent la stratégie, le design et la technique. Parce que l’Internet aujourd’hui, c’est ça. Et qu’il y a encore tellement à apprendre à cotoyer de telles clientèles.

Pour connaître un peu iXmédia et ses employés, ainsi que par l’image projetée par le site et les différents blogues des employés, j’ai l’impression que vous mettez une grande emphase sur la culture d’entreprise, sur la complicité dans l’équipe et sur le « slow growth ». Est-ce que ce sont plutôt des choix volontaires ou simplement l’évolution naturelle de l’entreprise?

La « croissance tranquille » c’est au coeur même de l’entreprise. Toujours amusant de l’expliquer aux gens d’affaires qui préfèrent ou admirent la croissance explosive ou le côté cowboy du monde des affaires. Je préfère le marathon au sprint, ce qui ne veut pas dire que l’on ne court pas vite. Après, l’endorphine d’entreprise embarque, et ça devient assez naturel de croître solidement.

Pour la complicité de l’équipe et la présence sur les médias sociaux, je pense que ça vient juste du ce sentiment de « faire le web comme on pense qu’il doit être fait ». Ça ne s’explique pas, et j’ai l’impression que ça vient naturellement du « qui se ressemble s’assemble ». Si on a confiance là dedans, on peut facilement laisser l’équipe représenter directement ou indirectement l’entreprise sur l’Internet via leurs blogues, leur twitter ou leur facebook. Y’a quand même tous les extrêmes dans cette boîte, du directeur de production contre Facebook (on l’aime, il est contre tout) à un Mario Asselin qui diffuse et partage dans des réseaux internationaux, en passant par les entrepreneurs en t-shirts (Nastee) et les décoratrices de cupcakes (Quincaillerie sucrée)

D’ailleurs un jour il faudra me poser des questions sur l’entreprenariat personnel au sein d’une équipe, je trouve que ça a de belles vertus dans notre domaine.

Certaines agences diversifient beaucoup leurs activités, se repositionnent, se recentrent sur différents marchés et perdent un peu ou même changent l’identité de leur entreprise. iXmédia elle-même reste assez centrée sur son marché premier, mais s’associe aussi de près à trois autres entreprises. Quelle est la structure de cette association et pourquoi avoir procédé de cette manière au lieu de diversifier à l’interne ou d’absorber complètement ces entités?

Je ne sais pas pourquoi le mot agence apparait sur notre site web. Probablement parce que les clients le comprennent comme tel (on fait des sites pour les clients de nos clients, pas pour nous, faut pas l’oublier).

Mais entre nous, aujourd’hui, le concept d’agence, comme intermédiaire ayant tous les talents et prenant un pourcentage sur le travail de tout le monde, c’est de plus en plus difficile à justifier. Partout les intermédiaires disparaissent. L’agence au sens traditionnel du terme n’a plus sa place versus des entités plus agiles qui peuvent, ou pas, fournir leur expertise sur un mandat.

En ce sens, le studio n’a pas vraiment changé, mais au lieu d’intégrer les expertises à l’interne, on a fondé d’autres entités, comme des frères et des soeurs. Parfois on sort en gang, parfois ils sortent sans nous, bref, ça dépend des gens et du contexte, ça donne tout une flexibilité. Oui, oui, les agences pourraient le faire comme ça (certaines le font), mais la plupart du temps elles font peur au client en essayant d’en faire trop.

(Et il faut l’avouer, on n’a rien inventé ici, on essaye juste de le faire plus agilement que d’autres, ce qui est un défi en soi!)

En 2009 vous avez gagné deux prix Boomerang pour un projet interne, Buzzz.tv. Qu’est-ce qui vous a porté à développer ce produit interne, est-ce que vous allez répéter l’expérience et qu’est-ce que ce type de projet interne peut apporter à l’équipe?

C’est l’éternel conflit des boîtes de services. Toujours au service du client, jamais aussi libre qu’on le souhaiterait. C’est toujours comme ça, parce que les clients n’ont pas les mêmes contraintes que nous. Alors, de temps en temps, autour d’une bière, on a une bonne idée, et on se dit, on n’a pas le choix, faut le faire «comme nous ont le ferait».

« Le faire », c’est facile, et quand l’idée est assez bonne, tu te ramasses au téléjournal deux semaines plus tard. Mais on reste des firmes de services, sans tous les réflexes qu’il faut pour penser à la commercialisation du produit développé. Donc, c’est riche en apprentissage, en visibilité, mais rarement en argent. C’est probablement pour ça qu’on aime autant ça.

Le refaire, certainement, mais c’est de l’innovation, ça n’arrive pas sur commande. Ça prend de la bière, et un terreau propice pour faire germer l’idée au sein de l’équipe. Ça nous arrive au moins une fois par année. Il y en aura d’autres, mais ça ne se planifie pas, ça se cultive!

Vu de Montréal il semble y avoir moins d’activité à Québec côté startups mais une scène techno quand même très active. Pouvez-vous nous faire un survol des domaines qui bouillonnent, qui progressent et innovent, de ceux qui auraient besoin d’un petit boost ou qui prennent une place grandissante?

Je pense qu’il y a plus de marathoniens à Québec qu’à Montréal. La culture des startups (souvent associée aux sprinters!) s’installe graduellement depuis 20 ans, beaucoup autour du scientifique (optique, photonique, etc.) ou des biotechnologies, mais relativement peu du côté informatique ou internet. Un noyau d’entrepreneurs forts en jeu vidéo a donné naissance à toute une industrie (Sarbakan, Frima, Beenox ont toutes les mêmes racines). Québec c’est aussi la ville des Copernic, des Fortune 1000, des Taleo, des nStein et des Ticketmaster. Des histoires fascinantes (parfois roses, parfois noires) et des individus (trois ou quatre dizaines) qui l’ont construite. Faudra que des historiens s’y intéressent!

Sur cette scène Québécoise, quelles sont les compagnies à suivre, que ce soit par l’innovation de leurs réalisations, leur succès d’affaires ou ce qu’elles peuvent représenter?

Si on se concentre sur l’informatique, je dirais qu’il y a quelques startups matures tels DuProprio.com (belle exécution web, iPhone, etc. belle remise en cause d’un modèle d’affaires trop établi). Des petits développeurs de jeux, comme Aragosoft et Molecube. Côté agence, encore là, je suis fasciné par le travail des plus petites entités, comme des Hookt Studios, des OK!Interactif, des Sumo Industries ou des Ockam.


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  • http://twitter.com/guillaumejoly Guillaume Joly

    Très inspirant, merci à vous deux!

  • http://twitter.com/frederickdubois Frédérick Dubois

    En dehors du manque de talent des joueurs de NHL 10 chez iX, c’est définitivement une des plus belles places où travailler à Qc, chapeau pour la philosophie et la culture d’entreprise!

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